Bientôt près de chez vous... Cambrian Heights prêt pour la pelle mécanique (1956).
Pas très joli: la construction des maisons précédait souvent celle des rues et trottoirs, laissant un bourbier (1954).
Vue de Calgary depuis Scotsman's Hill (1954).
Ils ont l'hypothèque, et maintenant, à Thorncliffe, il leur faut une nouvelle voiture (1955).
Thorncliffe, une nouvelle banlieue type (1955).
Ces maisons réunissaient les conditions requises pour un prêt hypothécaire du gouvernement et se vendaient entre 12 000 et 16 000 dollars (1954).
Elle est à vous pour un modeste versement initial: maison à vendre dans Thorncliffe (1954).
Sélection typique: maisons modèles à visiter (1954).

Dans les années 50, la forme prédominante du développement urbain était la banlieue. Si les lotissements à faible densité n'étaient pas quelque chose de nouveau, après la Deuxième Guerre mondiale, ils devinrent la norme pour l'habitation urbaine dans pratiquement toute l'Amérique du Nord, leur réussite étant en rapport direct avec le nombre croissant de gens qui possédaient une automobile. Les consommateurs assimilaient maison moderne dans un lotissement à sécurité matérielle et réussite, et une bande de terrain gazonné à une version abordable de la vie à la campagne.

Le logement était une préoccupation majeure à laquelle devaient faire face les gouvernements de l'après-guerre. Les coupures pratiquées durant la Crise et la guerre avaient créé une grave pénurie dans ce domaine à travers tout le Canada. Les gouvernements fédéral et provinciaux décidèrent que la stabilité de l'après-guerre serait mieux servie si chacun avait la possibilité - dans des limites raisonnables - d'être propriétaire de sa maison. Quand la guerre fut terminée, le gouvernement fédéral fournit des prêts à faible taux d'intérêt aux anciens combattants, projet qui déboucha sur la Loi nationale sur l'habitation et la création de ce qui est maintenant devenu la Société canadienne d'hypothèques et de logement. Ces mesures de stimulation, en particulier l'assurance hypothécaire, permirent à un beaucoup plus grand nombre de futurs propriétaires qu'auparavant d'accéder à des prêts, en même temps que l'économie prospère de l'après-guerre leur en offrait les moyens matériels. Si le gouvernement fournissait les ressources, c'est le marché qui déterminait l'orientation: des hectares d'habitations individuelles à faible densité. La maison unifamiliale avait toujours représenté un idéal pour les Canadiens. Après des années de logement inadéquat, les acheteurs voulaient de l'espace pour pouvoir évoluer, dedans comme dehors. Vu le bas prix du terrain durant l'après-guerre, la réaction des promoteurs immobiliers fut d'augmenter considérablement la taille des jardins. Même les maisons toutes simples étaient bâties sur des lots d'une dimension qu'on ne retrouvait précédemment que dans les quartiers huppés de Calgary, comme Mount Royal ou Elbow Park.

Le bungalow qui était omniprésent dans les nouveaux lotissements reflétait les exigences des propriétaires, les besoins des constructeurs d'habitations ainsi que l'obsession de l'après-guerre pour la modernité. La normalisation des plans fit que les bungalows n'étaient pas chers à bâtir, et leur taille - d'environ 1200 pieds carrés avec un sous-sol non aménagé - était le minimum acceptable pour les bailleurs d'hypothèques tout en restant abordable pour l'acheteur moyen. L'aménagement intérieur insistait sur les espaces ouverts et reflétait des styles de vie plus détendus, qui mettaient l'accent sur les loisirs. Les architectes soutenaient que ce style de bungalow favorisait l'interaction entre les membres de la famille et créait un milieu de vie plus sain. Chaque maison avait sa fenêtre panoramique, qui donnait une ambiance lumineuse et gaie dans la "salle de séjour". Fini le temps du parloir et de la salle à dîner classique des anciennes demeures. À présent, il y avait un coin-détente pour papa, une salle de jeux au sous-sol pour les enfants et une cuisine "scientifique" pour maman.

La banlieue était en symbiose avec l'automobile: c'est elle qui permettait la faible densité sur ces vastes étendues couvertes d'habitations, et c'est l'expansion de la banlieue qui rendait la voiture nécessaire. Au début, à Calgary, les lotissements conservèrent le plan quadrillé des rues, mais bien vite apparurent les quartiers autonomes. Prenant modèle sur les anciens quartiers riches, les rues étaient irrégulières, quelques-unes seulement communiquant avec les grandes artères, et une école marquait généralement le centre du lotissement. Les activités commerciales étaient confinées à un petit mail linéaire placé sur une grande voie d'accès, ou encore, avec le passage des ans, à de grands centres commerciaux. La suburbanisation favorisa la création d'une toute nouvelle discipline, l'urbanisme. Les entrepreneurs en construction découvrirent que les grands lotissements résidentiels créaient des économies d'échelle rentables, tandis que villes et municipalités appliquaient les principes de planification "rationnels" pour gérer les problèmes de transport issus de l'expansion des banlieues. À la fin des années 50, Calgary était encerclée de nouveaux quartiers, aux noms évocateurs comme Cambrian Heights, Spruce Cliff, Thorncliffe et Chinook Park. De larges rues avec des maisons parfois quasi identiques trônaient sur la prairie ressemée de gazon. Il n'y avait pas un arbre en vue. Dans certains quartiers, seuls des agencements de couleurs ou, ici et là, un toit à deux versants distinguaient une maison d'une autre. Les critiques - au nombre desquels on comptait des résidents - dénonçaient le manque de caractère des lotissements de l'après-guerre en les qualifiant de déshumanisants. Pour la plupart des gens, toutefois, le confort matériel d'une maison agréable et d'un grand jardin pour les enfants était plus important. Dans les banlieues foisonnèrent bientôt les "assemblées de cuisine", les fêtes de quartier, les barbecues et les bandes d'enfants. Cinquante ans plus tard, avec leurs beaux jardins et leurs arbres arrivés à maturité, sans oublier leur proximité du centre-ville, ces quartiers comptent parmi les plus recherchés de la ville.

Un aperçu de ce qui allait suivre: le site du centre commercial North Hill, le premier centre couvert de Calgary (1956).
Les grands parcs de stationnement étaient indispensables (1953).
Le supermarché moderne. On allait en construire un grand nombre dans les nouvelles banlieues (1953).
Même la vente des voitures contribuait à l'étalement des banlieues: concessionnaire situé sur Macleod Trail (1956).