Remise d'un chèque de l'ordre des Oddfellows pour l'Hôpital des enfants (1953).

On dit souvent que les années 50 furent une époque de conformisme. Il est peut-être plus juste de parler de sentiment d'appartenance. Une ville de la taille de Calgary abritait un nombre impressionnant de clubs et d'organismes communautaires. Les clubs philanthropiques abondaient, chaque église avait son contingent de bénévoles, il y avait des associations de bienfaisance, des ligues sportives, des sociétés oratoires, des cercles d'étude, du théâtre amateur et plus encore. La télévision n'avait pas encore absorbé toute l'attention des individus; les gouvernements n'avaient pas encore assumé nombre des responsabilités qui relevaient alors de l'Église et des organismes caritatifs. Les clubs faisaient partie intégrante de la structure sociale, et leurs réunions et activités constituaient le matériau même des articles et photos des journaux.

Cette décennie connut l'apogée des sociétés d'aide mutuelle et des clubs philanthropiques. Même si leur existence datait d'avant les années 50, c'est durant cette décennie qu'on ne put échapper à faire partie des Jaycees, Kinsmen ou Rotariens, ou encore des Elks ou Shriners. Les clubs philanthropiques comme les sociétés d'aide mutuelle réunissaient des fonds pour des œuvres charitables tout en offrant aux hommes d'affaires un lieu de rencontre, et parfois, dans le cas des groupes d'aide mutuelle, des soirées divertissantes. Tout le monde adhérait à un groupe ou un autre: les gens semblaient trouver une certaine sécurité dans la compagnie de leurs semblables, peut-être par réaction à vingt années de doute et d'incertitude.

Les femmes avaient leurs propres clubs, sociétés et collectifs féminins. Vu qu'elles s'étaient vu refuser les débouchés d'une carrière, elles avaient soutenu les organismes bénévoles pendant des années. Des groupes plus anciens comme l'Ordre impérial des filles de l'Empire étaient toujours très actifs, tandis que les Daughters of the Nile (section féminine des Shriners) reproduisaient le vague orientalisme des groupes de secours mutuel. Les Dames auxiliaires, partie intégrante de toute église, étaient au cœur de la vie sociale et agissaient en tant qu'agence de bonnes œuvres. Le même concept s'appliquait aux hôpitaux, voire aux organismes tels que les United Commercial Travellers, une association de voyageurs de commerce.

À l'instar d'aujourd'hui, de nombreux groupes mobilisaient des fonds pour des œuvres de charité. Que ce fût les Jaycees ou les Rotariens, la remise de chèques sur lesquels était inscrit un gros montant destiné à supporter des causes méritoires représentait une activité majeure. Le nouvel hôpital pour enfants était un des favoris, ce qui reflétait l'impact qu'avaient le baby-boom et certaines maladies comme la polio. Les installations de loisirs publics étaient un autre choix très prisé, et les clubs tels que les Kinsmen réunissaient des milliers de dollars pour des aménagements publics, comme les piscines et les stades que les administrations municipales ne considéraient pas encore comme une priorité. Ils étaient inaugurés en grande pompe, en présence du supporter infatigable des événements communautaires, le maire Don Mackay, qui coupait le ruban, coiffé du Stetson blanc de rigueur.

Il existait dans la ville une myriade de sociétés qui se consacraient à différents domaines. Certaines étaient bien établies, comme la Société d'horticulture de Calgary. D'autres qui avaient été créées plus récemment, ainsi, les clubs oratoires comme les Toastmasters ou les Toastmistresses, faisaient rage. Une grande partie de la vie culturelle de la cité résidait dans des groupes comme le Club de musique de Calgary ou le Allied Arts Council dans la maison Coste. La prolifération de clubs et sociétés ne représentait cependant pas un phénomène nouveau, car il était un vestige de l'ère d'avant la télévision. Les années 50 n'allaient toutefois pas seulement connaître l'apogée de nombre de ces groupes, mais aussi le début de leur déclin, à mesure que les gens passaient de plus en plus de temps rivés au petit écran.

On participait beaucoup aux sports dans les années 50, comme en témoigne le succès des ligues  sportives, à la fois chez les adultes et chez les enfants. La page sportive n'était pas le domaine exclusif des professionnels, et il y avait beaucoup de photos montrant des participants enthousiastes dans les sports amateurs. Si le curling était l'un des préférés avec le base-ball, le bowling, le golf, le badminton et le tennis se retrouvaient tous dans les pages de l'Albertan, les vainqueurs de tournois et bonspiels souriant pour la photo.

Il peut sembler quelque peu étrange qu'un des grands quotidiens de la ville consacrât tant d'espace aux groupes communautaires. Mais ceux qui ont vécu les années 50 parlent souvent, eux, du très fort sentiment d'appartenance à la communauté qui existait à l'époque, et, sur bien des plans, Calgary était encore une petite ville. Dans une agglomération où tout le monde se connaissait, celui qui allait présider le chapitre local des Jaycees ou du club Lions, ou encore celui qui remportait un trophée lors  d'une compétition d'athlétisme à l'école secondaire du quartier étaient source de fierté et attiraient l'attention générale. Aujourd'hui, les délibérations de la chambre de commerce locale et les soupers organisés par les Dames auxiliaires font toujours l'objet de reportages dans les journaux des petites villes - et c'était la même chose à Calgary durant les années 50.

   
Le maire Mackay donne une poignée de main au premier plongeur lors de l'inauguration de la piscine de Mount Pleasant (1955).
Défilé pour marquer l'inauguration de la piscine du Cinquantenaire financée par les Kinsmen dans le quartier de Mount Pleasant (1955).
Les gagnantes de la compétition organisée par le club de tir au fusil de Calgary (1953).
Équipe gagnante aux championnats albertains de boulingrin (1955).
Curleurs du Club Glencoe (1955).
Jeu de quilles à la salle Lucky Strike (1954).
La culture avait sa place: gagnants du festival de théâtre de l'église anglicane (1954).