Bunker d'un genre différent, sur terrain de golf: quartiers généraux de la Protection civile durant l'Opération Survie (1955).
Radioamateur bénévole durant l'Opération Survie (1955).
Les Russes débarquent! Une famille procède à une évacuation durant l'Opération Survie (1955).
Un peu trop réaliste: explosion d'une bombe sur la route Crescent dans le Nord-Ouest (1955).
Le joueur de base-ball Gus Kyle remet une batte à un jeune malade atteint de polio (1953).

La prospérité des années 50 s'accompagna d'une anxiété sous-jacente. Si la pauvreté semblait battre en retraite, le spectre de la maladie était toujours présent. Celle que l'on redoutait le plus était la polio. Ce n'était pas une maladie nouvelle car elle affectait l'humanité depuis des générations. Mais au XXe siècle, elle se fit plus virulente, pour la raison ironique que l'hygiène s'était améliorée, diminuant de beaucoup l'exposition et la résistance au virus. Dans les années 20 et 30, Calgary connut des flambées régulières qui obligèrent à fermer les écoles. Durant une poussée épidémique à Edmonton, plus de soixante-dix personnes furent affectées et neuf en moururent. Tout au long de 1952 et 1953, les provinces de l'Ouest connurent une épidémie majeure, la plus grave ayant lieu à Winnipeg, même si à Calgary il y eut plusieurs centaines de cas. En 1952, l'hôpital des enfants infirmes Red Cross (à présent l'Hôpital des enfants de l'Alberta) ouvrit une aile à la fine pointe de la technologie, et, très vite, les lits furent tous occupés par les cas de polio provenant de la ville et des environs.

Tout bien considéré, l'incidence de la polio ne fut pas très forte. Durant l'épidémie de 1953, même si presque une personne sur dix qui avaient contracté la maladie en mourut et que d'autres restèrent handicapées pour la vie, le total des cas en Alberta se monta à 1500. Pour une population qui dépassait le million, ces chiffres ne semblent pas représenter une flambée de grande envergure. Mais l'impact psychologique de la polio était sans rapport avec le nombre de cas. Si beaucoup d'adultes étaient affectés, la maladie frappait en majorité les enfants. Bien des malades connaissaient une fin horrible, la paralysie les empêchant de respirer. Le traitement, qui consistait à enfermer le patient dans un tube étanche appelé "poumon d'acier" et n'évoquant rien moins qu'un sarcophage de métal, semblait sortir tout droit d'un cauchemar de science fiction, même s'il sauva bien des individus qui connurent par la suite un rétablissement partiel, voire complet.

L'anxiété causée par la menace de la polio reflétait plus que la peur d'une maladie mortelle. La découverte de la pénicilline et d'autres percées médicales avaient éradiqué de vieux fléaux comme la tuberculose. La révolution scientifique d'après-guerre promettait pratiquement d'en finir avec la douleur et la souffrance. La polio sapa cette foi dans le pouvoir de la science à libérer les êtres humains, surtout les enfants, de l'éventualité d'une mort précoce. Mais, plus encore, la panique démasquait peut-être l'état de tension qui régnait derrière cette vie confortable du début des années 50. En arrière-plan se profilaient l'ombre de la guerre froide et la menace d'un anéantissement instantané, lui-même un produit de l'avancée implacable de la science. C'est en ces termes que se le remémore un enfant des années 50:

    J'avais une peur bleue des avions, et à cause de l'anxiété permanente qu'entretenaient à l'époque la radio et les journaux à propos de la guerre froide, je me rappelle que j'étais pétrifié chaque fois qu'un avion nous survolait. J'étais convaincu que ça allait tous nous tuer.

La peur qui accompagnait la polio était le transfert du spectre de la mort imminente que bon nombre d'individus ressentaient durant cette décennie. Fait ironique, en moins de deux ans, l'un des grands triomphes médicaux du XXe siècle, le vaccin Salk contre la polio, était devenu d'usage courant et la maladie se fit extrêmement rare.

   
Victimes de la polio placées dans des poumons d'acier (1955). Il fallait surveiller en permanence le fonctionnement de ces appareils.

Un traitement pire que la maladie: pulvérisation de D.D.T. pour enrayer la polio. Le virus en fait n'était pas transporté par les insectes (1954).
Une des 2600 inoculations faites à Calgary avec le nouveau vaccin Salk (1954).