Le ministre albertain de la Voirie, Gordon Taylor, inaugurant le pont Mewata (1954).
Construction du passage inférieur de la 8e Rue Sud-Ouest (1954).

Mise en place du béton pour l'hôpital Colonel Belcher (décembre 1954).

Avancement des travaux au barrage Bearspaw (novembre 1953).
Construction de la porte d'écluse principale du barrage Bearspaw (avril 1954).
Édifice de la Banque de Toronto, 8e Avenue Sud-Ouest (1953).
Immeuble d'habitation dans Rideau Heights (1955).
École secondaire premier cycle dans la rue Richmond (1955).
Le palais de justice datant de 1890 avant sa démolition en 1958 (1957).
Piles en béton du pont Mewata (juillet 1954).

Les années 50 vouaient un culte sans bornes au progrès, qui était presque entièrement défini en termes matériels. Rien ne réjouissait plus les Calgariens que les projets de construction - tours de bureaux, routes, ponts et barrages - attestant de la grande modernité de leur ville. Cette attitude - en réaction aux privations des années de guerre et de la Crise - fit que l'on donna aux années 50 le qualificatif d'optimistes. Éclipsés par les voies express des années 60 et 70, les travaux routiers des années 50 ont néanmoins été de puissants symboles du progrès. Les reporters photographes suivaient de près l'avancement des grands projets de transport et fixaient sur la pellicule les cérémonies d'ouverture, avec défilés, dévoilement de plaques et l'instant où le personnage officiel tel que le ministre des Transports coupait le ruban. Deux zones qui constituaient un problème depuis bien longtemps - l'entrée en ville depuis le sud par la 4e et la 8e Rue - se virent dotées d'un passage inférieur sous les voies du CPR. Ces améliorations pâlissaient en comparaison du nouveau pont Mewata de la 14e Rue. La volonté des gouvernements d'investir dans les infrastructures, surtout le transport, démarra un cycle dans lequel les dépenses relançaient l'économie, qui à son tour stimulait la demande pour davantage d'infrastructures, établissant l'assise de la prospérité de l'après-guerre. Les automobilistes ne se rendaient peut-être pas compte de la portée globale de ces travaux, mais ils étaient heureux de gagner cinq minutes pour entrer et sortir du centre-ville.

Un autre projet qui excita l'intérêt des Calgariens fut le barrage Bearspaw construit à la périphérie ouest de la ville par la compagnie d'électricité de Calgary. Le barrage était un symbole grandiose de la technologie: il domptait une des grandes forces de la nature, la rivière, et les années 50 virent leur part de travaux monumentaux de régularisation des eaux et de constructions hydroélectriques. Calgary continuait de faire l'expérience des crues printanières de la rivière Bow, et Winnipeg connut l'une des pires inondations jamais enregistrées dans les années 50. Le barrage Bearspaw, qui était au départ destiné au contrôle des crues, servait en outre à produire de l'électricité et faisait office de réservoir d'eau potable. Malgré sa taille minuscule si on le compare à des méga-projets comme le barrage Glen Canyon aux États-Unis (commencé en 1957) ou le lac Diefenbaker en Saskatchewan (commencé en 1959), il offrait les mêmes avantages et témoignait de l'ère du béton.

Encore plus emblématique était la tour de bureaux moderne. Pendant des années, les treize étages de l'hôtel Palliser avaient dominé la ligne d'horizon de Calgary. Mais sa suprématie fut bien vite contestée quand l'économie florissante créa une demande effrénée pour des locaux de bureaux. Après l'érection en 1950 de l'édifice Barron, de nouveaux bâtiments poussèrent comme des champignons au cœur même du centre-ville, destinés surtout à abriter des compagnies pétrolières. Chaque projet nouveau était accueilli comme un signe tangible du dynamisme de la ville. Le stationnement au centre-ville constituait déjà un problème et on attendait impatiemment la construction d'une structure novatrice, le garage aérien. L'ouverture de la Parkade de la Baie fut un événement majeur pour les citoyens.

Dans l'ensemble, la nouvelle architecture commerciale de Calgary visait la simplicité. La plupart des bâtiments étaient une timide imitation du style international alors en vogue - c'est-à-dire la boîte en brique ou en béton peu élaborée - et leurs noms reflétaient la richesse pétrolière à laquelle ils devaient d'être érigés. Typiques de l'époque étaient les immeubles bordant la 9e Avenue (appelée alors "Petroleum Row"), comme le Pacific Building (qu'est venu remplacer Banker's Hall): des bâtiments de hauteur moyenne, victimes d'une construction trop hâtive. Un locataire se rappelle qu'en hiver il devait porter des bottes dans son bureau parce que le vent soufflait la neige à l'intérieur par les interstices des encadrements de fenêtre. Au moment de son érection en 1955, le Petrochemical Building, qui donnait sur la 8e Avenue et la 7e Rue Sud-Ouest, était cependant un ouvrage révolutionnaire pour Calgary en raison de ses murs-rideaux de verre et d'aluminium. Vers la fin de la décennie, le rythme des aménagements s'accéléra. Les trois tours du Centre Elveden financé par la famille de brasseurs irlandais Guinness, signalèrent les débuts à Calgary du développement commercial à grande échelle. La ville abrogea un ancien règlement municipal concernant la sécurité-incendie qui limitait la hauteur des édifices à un maximum de douze étages, et ce fut la fin du règne du Palliser.

Ce n'était pas qu'au centre-ville que surgissaient de nouvelles constructions. Les grands hôpitaux de Calgary, y compris le Holy Cross, le General et le Grace rajoutèrent des ailes et des résidences d'infirmières. Un hôpital d'anciens combattants, le Colonel Belcher, fut érigé près du centre-ville. Durant cette décennie, l'agglomération s'enrichit de cinquante-huit nouvelles écoles, qui délaissèrent le magnifique grès des anciennes écoles au profit du modernisme institutionnel. De nouveaux types de bâtiments inédits s'élevèrent dans le ciel. Les appartements Spruce Cliff situés dans le sud-ouest de la ville constituèrent la première expérimentation de Calgary avec le logement social moderne, et le mail North Hill, dont les travaux débutèrent en 1956, fut le premier centre commercial couvert. Au cours des années 50 cependant, aucun autre projet de construction ne put rivaliser avec la nouvelle aérogare comme symbole du futur. Ce fut la porte d'entrée de Calgary dans l'ère de l'avion à réaction.

Il y eut toutefois un prix à payer pour cette marche en avant du progrès. Les années 50 virent le début de la destruction en masse du centre-ville historique de Calgary. En 1958, le premier palais de justice, qui remontait à 1890, fut démoli pour faire place à une tour de bureaux moderne pour les tribunaux, tandis que l'hôpital Belcher fut érigé sur le site de l'ancienne résidence du sénateur Pat Burns. C'était un signe des temps à venir. Fait ironique, bien des nouveaux bâtiments miroitants des années 50 tombèrent à leur tour sous le boulet de démolition durant les grands booms ultérieurs de la construction.

Édifice de la Banque de Toronto en 1954. Cette bâtisse qui ne paye pas de mine existe toujours.
À ère nouvelle, style novateur: l'intérieur d'un bureau moderne (1954).
Fondations d'un nouveau garage pour la police, avec, en arrière-plan, les quartiers généraux construits en 1912 (1956).
Quelle merveille que cette voiture: la nouvelle berline Plymouth (1957).
La marche du progrès (1954).
L'ère de l'avion à réaction: l'aérogare internationale de Calgary (1955).