Deuxième soirée de la télévision à Calgary (1954).
Une des premières émissions à Calgary (1954).
La deuxième expérience de télévision en classe au Canada: école élémentaire Melville Scott (1956).
Les élèves de l'école Melville Scott regardent émerveillés l'émission Comment pousse mon jardin (1956).
L'œil qui voit tout: un des premiers essais de télévision (1954).

La télévision vint relativement sur le tard à Calgary. La première émission eut lieu en 1954: trois stations de radiodiffusion, CFCN, CFAC et CKXL, mirent leurs ressources en commun pour lancer Calgary Television, avec pour indicatif CHCT. Une ancienne salle d'exercices militaires, située dans le quartier Rideau-Roxboro, fut convertie en studio de télévision. En plus de l'image test familière du chef indien, le télédiffuseur passait des courts métrages. Si les émissions régulières allaient devoir attendre des semaines et les productions locales quelques années, le nouveau média venait d'arriver.

Au Canada, la télévision n'avait pas que des adeptes. Les moralistes s'inquiétaient de son contenu, les éducateurs, de la distraction qu'elle représentait pour les enfants et de l'éventualité d'un analphabétisme de masse; les nationalistes, eux, voyaient d'un très mauvais œil le fait que la culture américaine pénétrait directement dans leurs salons. D'autres commentateurs la percevaient comme un prodigieux outil de diffusion de l'information. Pendant la plus grande partie des années 50, c'est la Canadian Broadcasting Corporation (le volet anglais de la Société Radio-Canada) qui contrôlait les licences et le contenu télévisé, et elle produisait ses propres émissions pour le marché canadien. En partie pour contrer les critiques de ce nouveau média, la CBC tenta d'injecter une note intellectuelle dans le fait de regarder la télé, en privilégiant les émissions d'affaires publiques, le théâtre de Shakespeare et le ballet. Mais les téléspectateurs furent vite attirés par les variétés populaires américaines. Bien peu de ce que présentait la CBC en dehors de La Soirée du hockey avait du succès auprès du grand public. À la fin des années 50, le monopole de la CBC se termina et les stations privées se virent accorder des licences. CHCT (qui devint plus tard CFAC), station affiliée à la CBC en 1957, fut rejointe en 1960 par la station privée CFCN de Herbert Love.

L'impact de la télévision ne tarda pas à se faire sentir à Calgary. L'Alberta comptait le plus grand nombre de téléviseurs par habitant au Canada; on rapporte qu'en 1956, plus de soixante p. cent des foyers de la ville en étaient munis. La fréquentation des cinémas, du théâtre et des sports se mit à baisser, dans certains cas en chute libre. Dans tout le pays, les restaurateurs se lamentaient du fait que leurs établissements se vidaient juste avant le début des émissions populaires. La télévision eut également une influence dans le domaine de la politique: le passage au petit écran de John Diefenbaker, personnage haut en couleur, aida les conservateurs à remporter la victoire aux élections de 1957 et 1958, et fut le précurseur de l'historique débat à la présidence de 1960 entre Kennedy et Nixon.

À mesure que la télévision se répandait, la critique se faisait de plus en plus sévère. Le temps que les enfants passaient devant le petit écran et leur exposition à la violence en vinrent à être au cœur des préoccupations. Les critiques dénonçaient la passivité des téléspectateurs, même si certains commentateurs exprimaient leur joie à voir les familles réunies devant le "foyer électronique". En rétrospective, le prix à payer pour la télévision des années 50 semble relativement faible, car ce média contribua à renforcer plutôt qu'à éroder ce qu'on appelait les "valeurs familiales".