Le régiment Lord Strathcona's Horse de retour de Corée (1953).

Le régiment Princess Patricia's Canadian Light Infantry part pour l'Allemagne (1955).
Garde du drapeau de la Légion canadienne, jour du Souvenir (1953).
Le PPCLI faisant la parade du drapeau en hommage à lady Patricia Ramsay, protectrice du régiment (1953).
Commémoration de la bataille d'Angleterre au monument aux morts du parc Central (septembre 1954).
Jour du Souvenir: pose de couronnes devant le monument aux morts érigé au stade Corral (1955).

Les années 50 furent une époque de paix armée. Les Canadiens ne s'étaient pas encore retirés dans leur indifférence coutumière aux choses militaires. La Deuxième Guerre mondiale était encore présente dans les mémoires, il y avait une intervention armée dans un pays lointain qui s'appelait Corée et il fallait à tout prix mettre un frein à l'agression communiste, réelle comme perçue. En 1951, le Canada annonça qu'il débloquait un budget de cinq milliards de dollars sur trois ans pour la Défense, ce qui représentait une somme appréciable. Bien que petit par rapport aux forces américaines, le contingent canadien était le troisième plus important en Corée. À Calgary, on fêtait cette présence militaire. Les manœvres, défilés et exercices des membres de la force régulière et de la milice faisaient la une des journaux. Les unités qui s'embarquaient pour le service actif composaient des images émouvantes d'adieux, celles qui revenaient, de retrouvailles célébrées dans la joie.

Les dignitaires de l'armée de passage dans la ville faisaient les manchettes. La visite de "Monty", le héros de guerre et maréchal britannique Montgomery, constitua un événement majeur de la vie sociale et un moment de grande excitation pour les troupes stationnées à Calgary, quand il passa en revue les membres de la force régulière et ceux de la milice à la caserne Harvie. S'il est vrai qu'une célébrité de l'armée de passage à Calgary de nos jours piquerait encore la curiosité des citadins, elle ne donnerait sans doute pas lieu à une pleine page de photos consacrées à des soldats faisant la parade du drapeau sous les yeux des dignitaires en poste à ce moment-là.

La commémoration des victoires passées - comme celle des sacrifices - était d'une extrême importance. Il y avait le jour de la bataille d'Angleterre, le jour de la Marine, le jour de la bataille de l'Atlantique, jusqu'à une cérémonie spéciale pour la bataille de la crête de Frezenberg durant la Première Guerre mondiale. Toutes étaient marquées par un défilé d'anciens combattants et de militaires qui se rendait au monument aux morts dans le parc Central, souvent décoré de couronnes de fleurs. Le jour du Souvenir éclipsait tous les autres. Les sacrifices réalisés par êtres chers et camarades de combat étaient encore récents, et pour pouvoir accueillir tous les parents et amis des défunts, les services se déroulaient au stade Corral.

Rien ne pourrait sans doute mieux témoigner du respect envers les militaires durant les années 50 que la popularité des cadets. Garçons et filles se joignaient en masse aux cadets de l'Air et de la Marine ainsi qu'à la section moins prestigieuse des cadets de l'Armée. Les vertus guerrières étaient perçues comme précieuses pour garder les jeunes dans le droit chemin. Comme le faisait remarquer un individu de l'époque,

    beaucoup de garçons, quand ils avaient, disons, treize ans et plus, entraient dans les cadets de l'Armée ou les cadets de l'Air. Pour moi, ç'a été  les cadets de l'Armée. J'ai beaucoup apprécié. C'était quelque chose qui, à  mes yeux, manque à  bien des jeunes aujourd'hui. Ça nous apprenait un peu la discipline, à prendre soin de nous, à  nous découvrir quand on entrait dans une pièce - les bonnes manières quoi.

Les cadets apprenaient l'adresse au tir, faisaient de la voile et assimilaient la technique des nœuds, ou encore ils allaient camper et s'exerçaient à faire un feu de bois. C'était comme les scouts et les guides avec les exercices militaires et les bottes astiquées en plus.

Les Calgariens partageaient également une préoccupation nationale pour la Protection civile. Avant l'avènement des missiles intercontinentaux, les autorités croyaient que les populations civiles pourraient survivre à une guerre nucléaire et elles planifiaient sans relâche en conséquence. À Calgary, un édifice abritant la direction générale de la Protection civile fut érigé sur le site du terrain de golf Shaganappi, et un coordonnateur y fut embauché à plein temps. À l'automne 1955, les exercices d'entraînement culminèrent par une évacuation complète de la partie nord de la ville. Durant l'Opération Survie, des milliers de Calgariens durent quitter leurs maisons et bureaux pour se rendre en voiture jusqu'à Drumheller, Innisfail et d'autres points de rassemblement, où on leur servit un déjeuner chaud. Avec le recul du temps, certains éléments cocasses ressortent de toute cette activité: des soldats et reporters se firent presque sauter en lançant des bombes fumigènes, ce qui ajouta au réalisme de l'exercice. Si elle fut peut-être plus raisonnable que le célèbre slogan "Baissez la tête et mettez-vous en boule" de la propagande américaine pour la Protection civile (où l'on voyait les enfants à l'école se cacher sous leur pupitre dans l'éventualité d'une attaque nucléaire), l'Opération Survie ne contribua sans doute pas beaucoup à tranquilliser la population à Calgary.

Le maréchal Montgomery passe en revue le PPCLI à la caserne Harvie (1956).

Cadets de la Marine s'exerçant à faire des nœuds (1953).
Cadets de la ligue navale entrant dans les Cadets de la Marine (1957).
Cadets de l'Air avec planeur (1955).
Pas seulement pour les gars: les cadettes aussi rendent visite à l'escadron 403 (1954).