Couronnement de la reine de la sororité Alpha Iota en 1953

Le baby-boom eut des répercussions majeures sur la vie des femmes - bien au-delà des exigences liées à l'éducation des enfants -, et il provoqua une régression du rôle féminin dans la société. La diversification du rôle des femmes qui s'était produite durant les années de guerre entraîna une forte réaction. Il n'était pas rare pour une épouse d'être purement et simplement congédiée afin de libérer un emploi pour un ancien combattant de retour, et dans l'ensemble, les femmes se voyaient dissuadées de travailler. Les salaires à la hausse permettaient en outre à nombre d'entre elles de rester au foyer à s'occuper exclusivement de l'éducation des enfants. La famille des comédies de situation des années 50, Leave it to Beaver ou Ozzie and Harriet, était une réalité pour bien des gens. Mais comme c'était fréquemment le cas durant cette décennie, les apparences étaient trompeuses. À la fin des années 50, il y avait plus de femmes - et non moins - qui travaillaient qu'au début. Sans compter qu'elles étaient de plus en plus acceptées dans les professions libérales et dans le monde des affaires.

Peut-être est-ce à cause de cela que les images de féminité qui apparaissaient de façon récurrente dans les pages de l'Albertan insistaient sur la vie de la femme au foyer. On y portait aux nues la beauté physique et la féminité: selon des textes très goûtés du public, ces qualités étaient primordiales pour se trouver un mari. Les reines de beauté faisaient l'objet d'un culte et les défilés étaient monnaie courante. Il y avait des reines pour toutes les occasions. Les écoles secondaires élisaient la leur, ainsi que les sororités; le Stampede de Calgary avait sa reine et ses princesses, rien de moins, et même les élèves de l'élémentaire passaient par un rituel semblable. La reine de beauté n'était toutefois pas une pin up. Tout cet apparat n'avait rien à voir avec le côté sexuel des choses: il ne s'agissait que de mettre les femmes sur un piédestal et de renforcer les rôles assignés à chacun des sexes.

Dans les années 50, les journaux ne contenaient plus le cahier féminin - que l'Albertan avait intitulé "Sujets concernant la femme" - mais, sous des rubriques comme "Carnet mondain et annonces personnelles" se trouvait une section destinée manifestement à des lectrices. Les sujets concernaient la vie au foyer et la vie mondaine, avec une pléthore d'articles concernant les mariages, agrémentés de commentaires détaillés sur les vêtements que portaient mariés et invités ainsi que sur les arrangements floraux. Jusqu'à un certain point, cela reflétait les intérêts d'une petite collectivité, mais c'était également symptomatique de l'insistance renouvelée placée sur les rôles traditionnels. Dans la Calgary des années 50, les noces de la fille du magnat du pétrole, Frank McMahon - qui, disait-on, avaient coûté 100 000 dollars - étaient à la hauteur d'un conte de fée. Ce fut non seulement un grand événement mondain, mais aussi une affirmation de l'institution même du mariage.



Une image plus positive: concurrente calgarienne pour le titre de reine du carnaval d'hiver de Banff - mensurations 35-22-36 (1956).
Reine du rodéo de l'école élémentaire Richmond (1955).
Les invités aux noces MacDonald-McMahon, à l'hôtel Palliser (1954).
Voilà qui sort de l'ordinaire: Violet King, la première avocate noire canadienne, devient membre du Barreau albertain (1954).